• Jeudi

     

    Pour débuter le cours de détent'danse, Fabienne nous a demandé de maintenir un bâton en contact perpendiculaire avec le plancher. Alors que mon attention allait de la paume de ma main au bâton, du bâton au sol, mes os déposaient leur poids, mes muscles relâchaient leurs contractions et la surface de ma peau s'étirait ... il y a certainement une explication physiologique à ce phénomène mais ce soir j'en reste à la sensation.


    Je crois d'ailleurs avoir lu quelques chose à ce sujet dans le livre de Benoît Lesage... mais c'est à un autre chapitre que j'ai pensé pendant le cours.


    Alors que je préfère de loin le contact du parquet, la température m'a fait prendre un tapis. Celui-ci avait conservé la mémoire des efforts d'un ou d'une autre, et ça a quelque peu perturbé ma concentration. C'est un problème que je rencontre aussi quand j'anime un atelier, une réalité sur laquelle je suis bien gênée quand il s'agit de mettre des mots: il y a du secret dans le terme « sécrétion » !


    Dans « la danse dans le processus thérapeutique », Benoît Lesage rappelle en introduction du paragraphe intitulé « les organes, une profondeur remuante » que Freud avait fait du système viscéral la matrice des stades de développement.


    « évoquer les organes c'est entrer selon l'étage auquel on s'adresse dans le monde pulsionnel et émotionnel »


    « montrer les organes provoque toujours des réactions très affectives. »


    « j'ai souvent été frappé par la difficulté des jeunes sportifs ou danseurs à assumer cette part végétative d'eux même »


    « C'est qu'il faut assumer cet ensemble humide et dégoulinant qui échappe à la volonté et constitue cependant notre machine énergétique »


    Retrouvant le parquet, j'ai ensuite pu m'adonner à des expériences très plaisantes avec un ballon paille... c'est un outil que j'apprécie particulièrement, peut être du fait de sa texture qui m'évoque celle de la peau et invite la mienne au contact. Il y a aussi cet effet d'allègement des volumes les plus lourds du corps... la tête, la cage thoracique et le bassin (qui contiennent les organes d'ailleurs!).


    Privée de ce partenaire de danse, quand Fabienne nous demande de créer des volumes, mon imaginaire dessine des ballons dans l'espace et je pars à la rencontre de souvenirs de contacts... mes intentions gestuelles sont alors rondes, mes déplacements suivent des courbes, ma rythmique prolonge une douceur... ni angle, ni rupture, une tentative d'accélération échoue...


    De retour de ces voyages, dans l'agitation nocturne de la grande fourmilière, une sensation empruntée au vocabulaire végétal s'est imposée... « plantée » dans mon corps, dans mon axe, dans mes appuis, « plantée » dans l'espace, sur le sol, « plantée » dans le monde.





    Bande son: The Belgian Kick -THE MARRIED MONK-


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